(Ou presque : j’ai souvent pesté contre le froid ou la pluie!)
Merci à tous d’avoir participé au concours Max Raabe! Je dois dire que j’aurais aimé tous vous offrir une place, mais malheureusement les règles du jeu ne le permettaient pas… C’est donc le nom d’Ophidienne qui a été tiré au sort par une main innocente, en l’occurrence celle de mon amoureux râleux!
Le week-end a donc commencé avec ce fameux concert, une énorme réussite – Max, je vous tire mon bibi! Des classiques, un orchestre jazz, du costume trois-pièces, mais surtout beaucoup de poésie et d’humour, du dirigeable miniature qui traverse la scène avant de survoler le public, aux jeux d’expression entre chanteur et public ou entre musiciens, et pour vous donner une idée voici une vidéo d’un morceau qui a été joué Vendredi soir, l’un de mes préférés de la soirée! Et même si Max Raabe focalisait forcément l’attention, annonçant les chansons en français avec son fort accent, tour à tour charmeur ou comique, chaque musicien a été mis en valeur à plusieurs reprises, soit par des soli, soit par les jeux de lumière ou de mise en scène. En bref, une excellente soirée, d’excellents musiciens pleins d’humour, et des chansons qui trottent dans la tête pour vous redonner le sourire dans le métro – au choix, “Dort tanzt Lulu, ah ah ah, uh uh uh!” ou “Dans la vie faut pas s’en faire, moi je n’m'en fais pas!…”

Je n’ai toujours pas réussi à visiter l’exposition “Rivalités à Venise”, manquant toujours de temps; par contre j’ai réussi à faire quelques photos de l’exposition consacrée à Madeleine Vionnet (shhht!!) et de l’expo “Témoignages de vies de femmes à paris 1940-1944″ (re-shhht!) toutes les deux très riches et renversantes!

Madeleine Vionnet, puriste de la mode
Née en 1876 dans le Loiret, au sein d’une famille modeste, Madeleine Vionnet arrive à Paris avec son père à l’âge de 5 ans. Engagée en 1896 chez Kate Reily, à Londres, c’est là qu’elle fait son apprentissage de la haute-couture. A son retour à Paris, cinq ans plus tard, elle entre chez les sœurs Callot, une des maisons de couture les plus prestigieuses de la capitale. En 1906, Jacques Doucet lui confie le « rafraîchissement » de sa maison de couture, mais se trouve choqué lorsque Madeleine supprime le corset et suggère aux mannequins de marcher pieds-nus. Madeleine Vionnet prend donc sa liberté en créant sa propre maison de couture en 1912, mais ne peut réellement développer son style qu’après la première guerre mondiale. Puriste, elle tient à une décoration soignée de ses salons; avant-gardiste, elle se soucie de ses employées, leur offrant davantage de congés que ce que la loi n’exige, ainsi que des crèches ou soins médicaux et dentaires.
A observer ses premières créations, dans les années 20, une chose frappe : l’inspiration antique très marquée, de lignes fluides et épurées à la façon de toges, aux ornements de perles inspirés de motifs de vases. Et même dans les robes les plus dépouillées et apparemment simplistes, une observation plus attentive permet de noter les principes inédits du début de sa carrière : des formes simples assemblées géométriquement, carrés, cercles, de façon à créer un volume nouveau. Des assemblages “à la façon de coquillages” ou de spirales, aussi. Partout, des principes mathématiques, géométriques relatifs à l’harmonie et aux proportions, hérités de l’antiquité grecque :

La même robe que celle du patron ci-dessus, si mes souvenirs sont bons.
Au cours des années 20, elle utilise les franges dans des dispositions originales – en zig-zag, en chevrons, ou “alignées” : elles suivent alors les plis de la jupe, formant des festons. Les franges deviennent une matière et texture nouvelle et à part entière :

L’année 1924 est marquée par une influence japonisante : les motifs s’inspirent des estampes, les dessins produits dans les magazines de mode représentent des mannequins rappelant les geishas, dans un cadre de lanternes et de branches de cerisier :

1924; les motifs me font penser aux nuages et feuillages des estampes japonaises...
L’été appelle les voilages et tissus aériens; je trouve ces robes dignes de nymphes ou de fées, si légères et délicates. J’ai particulièrement aimé les jeux de superpositions et de transparence de certaines robes, avec des tissus façon tulle rebrodé de fleurs; les broderies de perles pour le soir sont absolument somptueuses :


Le style de Madeleine Vionnet se perfectionne et s’affine au fil du temps; moins de géométrie, plus de fluidité, mais toujours très purs dans la coupe, avec des détails et ornements précieux mais jamais envahissants : le luxe est dans la perfection du drapé, taillé en biais, et le raffinement des structures. Les raccords sont apparents et participent à la personnalité des robes :


Je garde ce dessin en mémoire, pour la surjupe et son jeu de transparences... Ici, elle est en tulle, armature de crin, et appliqué de roses en organza.

De somptueuses robes du soir...
J’ai vraiment adoré cette exposition, et compte y retourner une paire de fois : les objets présentés bien sûr, mais aussi cette évolution que l’on ressent forcément entre les débuts de 1912 et la fermeture de la maison juste avant la seconde guerre mondiale. En deux salles, c’est un demi-siècle de mode et tendances esthétiques qui est réuni! La genèse des robes est tout aussi intéressantes et a été parfaitement mise en valeur par des vidéos montrant la structure “géométrique” de certaines, ou par l’exposition à plat de robes dénouées ou désassemblées. La scénographie enfin : élégante et esthétique, avec ses jeux de miroirs en angles qui permettent de voir les pièces sous quasiment tous leurs angles et créent des “armées de robes” dans chaque vitrine…
Quelques photos glanées parmi l’exposition permanente maintenant : boîtes et flacons anciens, statuette représentant Loïe Fuller, croquis de mode, bibis des années 40 ou redingote de chasse fin XIX°…

Mobilier de chambre, par Louis Majorelle

Incrustation japonisantes de nacre dans le bois d'une armoire, fin XIX°

Tenue d'amazone, fin XIX°-début XX°

Statuette représentant Loïe Fuller, danseuse du début du siècle et artiste complète : elle créa la "danse serpentine" et fut l'une des premières à tirer partie des nouvelles possibilités offertes par l'électricité pour la mise en scène. Sa "danse serpentine" a été la source d'inspiration de nombreux artistes du début du siècle, surtout parmi l'Art Nouveau; elle est aussi celle de mon nouveau numéro!

Bibis des années 40




La dernière photo de la journée : les "coupoles retournées" au plafond du musée, qui m'ont fait penser à des ovnis nacrés ou d'immenses méduses...
Sur ce, rendez-vous ce week-end pour la seconde exposition, consacrée à la vie des femmes et à la mode sous l’Occupation!
Crédits photo : les photos de robes sur fond clair proviennent du site du musée des Arts Décoratifs.



C’est magnifique!!! Ca donne vraiment envie d’y aller!
Et cette veste rouge…je vais en rever!
Très bel article, bien documenté. C’est toujours un plaisir de découvrir votre blog. Je lirais avec attention le prochain article sur la mode pendans l’occupation. Les jambes teintées au café et le trait de crayon pour imiter les bas coutures. Amicalement
Coucou
C’est Anne-Elisabeth, du forum rétro et corsets 
Depuis le temps que je lis ton blog, je me décide enfin à commenter ! Ton article est vraiment super bien documenté, merci pour les photos prises en douce ! Comme toi, j’avais réussi à en prendre quelques une à l’exposition ” Sous l’Empire des Crinolines “, pauvres gardiens !
Dommage que je ne puisse pas voir ces expositions, j’espère pouvoir me rattraper avec d’autres au printemps !
Je m’y suis rendue et ai moi aussi beaucoup aimé certaines pièces, avec une large préférence pour les drapés…
Je suis aussi allée voir l’expo au musée de la résistance et rafraîchirais volontiers ma mémoire à la lecture de ton compte rendu, mais je serais aussi curieuse de savoir comment tu en as entendu parler (j’ai été très surprise du peu de communication dont elle a fait l’objet)…
J’aime énormément cet article,merci de partager de si belles choses avec nous !
Merci infiniment pour ce splendide article (tant par le texte que les photos)!
Damned! Tu as du te faire énormément plaisir lors de tes visites! J’ai un gros coup de coeur pour la tenue d’amazone, la veste est magnifique (et puis j’avoue que toute cavalière que je suis, je rêverai de tenter l’amazone et de porter un costume d’époque!)
Et les bibis rouuuges <3
Cela me fait penser au musée de la mode que j'ai visité à Bath! C'était un peu la même façon d'exposer, un musée magnifique, mais plutôt rapide à faire par contre!
J'attends ton prochain billet avec impatience, ici à Tournai, il y a le musée de la tapisserie… * rire jaune * (enfin, peut-être qu'il y a là-bas des sacs de Mary Poppins qui me feront agoniser sur place! Il faudra que je tente.)
Bisous!
Carlotta, les drapés étaient sublimes en effet! En ce qui concerne l’expo sur l’Occupation, c’est une amie qui m’a prévenue, sur place; j’ai échangé mon billet de train in extremis pour pouvoir la visiter, pour dire…
Anne-Elisabeth, l’expo Vionnet dure jusqu’en Janvier; un week-end à Paris peut-être un très joli cadeau de Noël
Delilah, haaan, je rêve de musées de la mode! La tenue d’amazone est magnifique en effet, elle me fait penser à Sissi, ou encore à un manteau quasiment New Look!
Un chouette article sur Vionnet, avec d’autres photos : http://theerrantaesthete.com/2009/11/03/le-couturier-des-couturiers/