Suite et fin du périple parisien… Avec la visite de l’exposition “Accessoires et objets, témoignages de vies de femmes à Paris, 1940-1944″ au Mémorial Leclerc avec le concours du Musée Galliera, consacrée aux accessoires de mode sous l’Occupation.
L’exposition est très riche et variée, de la mode “habituelle” aux astuces de récupération face aux rationnements, en passant par la mode “engagée” : sacs à double fond pour dissimuler des tracts, cartes très précises du nord de la France imprimées sur les foulards des parachutistes alliés, opposés aux accessoires à l’effigie de Pétain.
L’exposition commençait par une vitrine de bibis des années 40 assortis à quelques pages de mode; on ne les voit pas, mais des souliers de la même période étaient exposés au niveau du sol :

(Cliquez sur les photos ou consultez mon flickr pour les agrandir!)
On demande aux femmes de conserver leur élégance et leur coquetterie malgré la défaite, comme un étendard du style français toujours bien vivant, une sorte de résistance culturelle. Néanmoins, on ne voit plus de robes longues et de tenues de soirée que lors de grandes réceptions officielles.

- En bas à gauche : extrait d’une séance photo “Choupinette à Paris”, pour Schiaparelli


Cela peut paraître inattendu, mais les cinémas ne désemplissent pas : ce sont des endroits chauffés, publics, et l’on y oublie, un peu, les difficultés de la vie quotidienne. Ils sont aussi vecteurs de mode : en 1941 , Arléty lance la mode du haut de forme féminin dans le film “Madame Sans-gêne”. “Les visiteurs du soir” lancent quant à eux une vague de chapeaux inspirés du Moyen-Age.

Mais très vite, les restrictions touchent les foyers. Il faut prendre soin des vêtements que l’on a, d’où l’important recours aux semelles et talons de protection, et la diffusion de conseils pour l’entretien des tissus et chaussures. Les femmes, pour rester coquettes, rivalisent d’ingéniosité : elles réutilisent le tissu de vêtements ou de draps usés, détricotent de vieux pulls pour en récupérer la laine, ou suivent les suggestions de revues ingénieuses comme celle-ci, qui rappelle que contrairement aux tissus classiques, les rubans de moins de 20cm de large ne sont pas soumis au rationnement et peuvent très bien être détournés pour coudre de vrais vêtements :


Avec la raréfaction des bas, les femmes se teignent les jambes au thé ou au brou de noix; certaines compagnies cosmétiques flairent l’intérêt de proposer des crèmes teintées imitant le hâle des bas et même de véritables “kits” pour donner l’illusion de jambes gainées de nylon :

Les créateurs de mode et artisans doivent eux aussi “faire sans”, et trouver des alternatives aux matières réquisitionnées, contrôlées ou trop chères : chaussures en raphia ou en tissu, chapeaux en crêpon ou en celluloïd, semelles compensées en bois, parfois articulées pour leur donner de la souplesse…

Croquis et sandales d'été en tissu, par Perugia

A gauche, un chapeau en papier sulfurisé! A droite, en celluloïd. Le magazine au milieu montre les matières que l'on peut judicieusement substituer au cuir, à la soie ou à la paille.

Madame Agnès orne ses chapeaux de longs copeaux de bois, bruts ou laqués, formant de grandes bouclettes décoratives. Boutons en céramique ou émail (?), sandales à la semelle de bois sculpté.

D'autres créations de Madame Agnès
L’exposition met l’accent sur le système D et l’ingéniosité dont fait preuve la population; j’ai pour ma part beaucoup aimé ce principe de “résistance culturelle”, encore illustré par le mouvement des zazous, les “jeunes swing” bravant les interdictions et restrictions en écoutant de la musique américaine et en portant des vestes trop amples et trop longues :


Ultime provocation : après le décret obligeant les juifs à porter l’étoile jaune, certains d’entre eux, peut-être même inconscients de la prise de risque, revêtent une étoile jaune estampillée “swing” ou “zazou”.

Etoiles "zazoues" et procès-verbal suite à l'arrestation de jeunes zazous, âgés de 14 et 15 ans...
Le tissu écossais, très prisé des zazous, devient à la mode, comme un autre clin d’oeil à la culture alliée :

Des accessoires célèbrant la libération clôturaient l’exposition, broderies à message en bleu-blanc-rouge, broches par Van Cleef & Arpels, mouchoirs et foulards aux couleurs de la France… mais je n’avais malheureusement plus de mémoire sur mon appareil photo! Un uniforme féminin en vitrine saluait les visiteurs avant leur départ, et m’a convaincue de craquer pour ce tailleur d’inspiration militaire des années 50, une fois rentrée… !

Et enfin, rien à voir avec cette exposition, mais j’ai aussi croisé, par hasard, la vitrine pour le fameux “Rituel” de Louboutin; alors pour le plaisir, en voici quelques photos!





This looks amazing! I love the leg make up… and the shoes, the shoes!
Merci pour la visite! ça donne envie d’y aller, mais ça restera impossible pour moi! Ce devait être vraiment intéressant… allez je fais ma jalouse pour la peine!
bisous!
Merci pour ce post. Elle est visible jusqu’à quand ?
Bizz
Zut, l’Occupation est une des périodes que je préfère en histoire … Tant pis, j’espère qu’il y en aura une du même genre une autre fois ! Merci pour les photos, en tous cas, c’est toujours agréable à voir
Olivier, elle se finit le 15 malheureusement
Delilah, Anne-Elisabeth, j’ai vraiment essayé de faire un maximum de photos justement pour garder une trace de l’expo, même s’il manque encore beaucoup de choses
rah ouais c’est genial de voir comment les femmes continuaient à être coquettes avec les moyens du bord! Il faut que je mette absolument à la couture! Moi aussi je veux être ingenieuse lol
les chapeaux en copeaux de bois sont tout simplement fabuleux je trouve!
Merci pour les photos ! Vraiment très intéressant!
And I love this post !
Il me rappelle mon livre sur la mode des années 40, je pense qu’il te plairait !!!
J’aime beaucoup l’anecdote sur le film qui inspira les coiffures “médiévales”, c’est un joli détail !
..and paris Loves you !!
Très bel article, très belles photos. Que de génie pour créer de belles tenues, des accessoires. Quelques soient les circonstances l’élégante sait rester élégante et glamour. Vous l’êtes. Amicalement
Merci pour ces photos, j’ai vu l’expo que je reperais depuis un moment de ma province, je peux en avoir ansi un souvenir! j’ai pris comme repère ces années pour colectionner des revues féminines de cette époque et j’ai enfin pu voir en “vrai . J’ai trouvé les chaussures extraordinaires d’invention et de fini dans la confection, des petits bijoux d’artisanat de luxe pour les modèles de luxe.
j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet article!
L’expo a l’air génial, magnifique et où l’on peut apprendre pleins de choses! encore une fois, je n’habite pas Paris et snif…
J’adore! Il faut absolument que je file voir cette exposition demain!! Merci beaucoup pour l”info!
Merci de ta visite guidée ainsi que pour les photographies de cette exposition que j’aurais tellement voulu pouvoir visiter!
Ce devait être passionnant…
Ce que tu disais par rapport à la teinture pour imiter les bas m’a fait sourire, me rappelant que ma grand mère m’avait dit que ses soeurs, coquettes, se teintaient les jambes à la chicorée et imitaient la couture au charbon (je me demande d’ailleurs comment ça tenait!).
Je vous conseille d’enregistrer rapidement les photos si vous souhaitez les garder car les photos étant interdites pendant cette expo, il est possible que le musée demande de retirer celles-ci (cela a déjà été fait sur d’autres sites)
Alila, je trouve ça tellement dommage! Il n’y a pas de catalogue de cette expo à ma connaissance, et par conséquent elle est définitivement “perdue” depuis la fin de l’expo
et puis ça fait toujours un peu de publicité pour ces musées moins connus que les grands classiques!